Programme transitionnel de démobilisation et réintégration
Des bénéfices plus sociaux qu'économiques dans les associations d'ex-combattants en République Démocratique du Congo
Avril 2011

Une équipe du TDRP s'est entretenue avec des membres d'associations dans six localités de la République Démocratique du Congo (RDC) afin d'étudier le rôle des associations dans la réintégration des ex-combattants.

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En RDC, 58 pour cent des foyers déclarent qu'au moins un de leurs membres appartient à une association. Dans un contexte associatif aussi vivant, on assiste de plus en plus souvent à la mise en œuvre d'une approche collective pour la réintégration des ex-combattants.

Natacha Lemasle conduit un entretien collectif avec un groupe  constitué des membres d'une association de fabricants  de briques à Kinshasa
Natacha Lemasle conduit un entretien collectif avec un groupe
constitué des membres d'une association de fabricants
de briques à Kinshasa

On en sait cependant peu sur la façon dont les associations aident à réparer le tissu social et économique du Congo. Pour en apprendre davantage, le TDRP a financé une étude menée par le Dr Natacha Lemasle à la fin de l'année 2010 dans six localités: Kinshasa, Kisangani, Kindu, Kalemie, Lubumbashi et Likasi.

Entretiens collectifs

Dr Lemasle a mené des entretiens approfondis avec les membres d'associations. Les associations qui ont participé à l'étude couvrent un grand nombre de métiers, mais se concentrent en général sur une activité centrale, par exemple la menuiserie, l'agriculture, la couture, la fabrication de savon ou de briques.

Toutes les associations ayant participé à l'étude rassemblent à la fois ex-combattants et membres des communautés d'accueil. Certaines associations ont été créées par des ex-combattants puis rejointes par des membres de la communauté, d'autres sont des associations communautaires ouvertes aux ex-combattants.

Au total, 268 Congolais appartenant à 26 associations ont participé aux entretiens collectifs. Par souci de recoupement des informations, Dr Lemasle a également mené des entretiens personnalisés avec des représentants du Programme National pour le Désarmement, la Démobilisation et la Réintégration, des agences locales et des organisations non gouvernementales (ONGs) soutenant les associations, ainsi qu'avec des leaders et des membres des associations.

Association of Tailors in Kindu. One of the rare associations able to provide 
a regular and sufficient source of income to its members. Each of the 13 members
has access to a sewing machine.
Une association de couturiers à Kindu.
Une des rares associations pouvant fournir une source
de revenu régulier et suffisant à ses membres.
Chacun des 13 membres a accès à une machine à coudre.

Un rôle limité dans la réintégration économique

On aurait pu s'attendre à ce que les associations jouent un rôle essentiellement économique dans la réintégration des ex-combattants, mais l'étude montre qu'il s'agit en fait d'un rôle principalement social. Les associations procurent à leurs membres les moyens de surmonter des situations de vulnérabilité et faire face aux chocs inattendus. Ces associations permettent en revanche rarement de générer un revenu significatif pour leurs membres.

Moins d'une association sur cinq génère assez de bénéfices pour les redistribuer régulièrement à ses membres et constituer leur principale source de revenu. Trois obstacles essentiels expliquent ce manque de succès économique:

  • Le manque d'évaluation des besoins du marché (des menuisiers vendent des sofas coûteux dans une zone rurale de Kindu)
  • Le manque d'outils et de matériel (une association de couturiers possède quatre machines à coudre pour 25 membres)
  • Le manque de capacités de gestion (la plupart des représentants d'associations mentionnent leur difficulté à élaborer un budget, prendre des décisions sur des investissements potentiels et gérer les personnes).

Les associations dépensent également énormément de ressources et de temps pour leur enregistrement légal sans en tirer de bénéfices significatifs, tels que, par exemple, l'accès au micro-crédit. Etonnamment, seule une des 26 associations rencontrées a utilisé le micro-crédit pour financer son activité et acquérir les outils et le terrain nécessaires.

Pour accroître le potentiel économique des associations, de simples mesures pourraient s'avérer utiles: un soutien pour l'enregistrement légal et l'accès au micro-crédit, ainsi que des formations à la gestion et au leadership.

Faire face à la vulnérabilité

Les associations dans lesquelles participent des ex-combattants sont en fait essentiellement créées pour surmonter un contexte de vulnérabilité. Une ex-combattante à Likasi le résume ainsi: "C'est la souffrance et la recherche de solutions aux problèmes quotidiens qui nous ont poussés à créer l'association".

A Kalemie, une femme membre d'une association de  fabricantes de savon présente les stocks de savons  produits. Grâce aux profits générés par leur vente,  l'association a pu régler les frais d'hospitalisation  d'une de ses membres.
A Kalemie, une femme membre d'une association de
fabricantes de savon présente les stocks de savons
produits. Grâce aux profits générés par leur vente,
l'association a pu régler les frais d'hospitalisation
d'une de ses membres.

Sur les 26 associations, 25 ont mentionné la mise en place de mécanismes aidant à surmonter les difficultés comme principal moteur de création de ces associations. Presque toutes les associations ont déclaré participer au paiement des frais médicaux de leurs membres. Trois associations sur cinq ont contribué à des frais d'obsèques et deux associations sur cinq ont mentionné l'offre de petits prêts pour régler les frais scolaires de leurs enfants. Ces fonds proviennent généralement des cotisations mensuelles réglées par les membres, ainsi que des bénéfices générés par les activités collectives des associations. Dans certains cas, des contributions complémentaires sont demandées aux membres afin d'aider l'un d'eux à faire face à une situation d'urgence.

Réparer le tissu social

A Kinshasa, une association de maraichers rassemble  des ex-combattants et des membres de la communauté,  résout les querelles internes, fournit aux ex-combattants  un accès à la terre arable et aide tous les membres à  surmonter des conditions de vie difficiles et instables.
A Kinshasa, une association de maraichers rassemble
des ex-combattants et des membres de la communauté,
résout les querelles internes, fournit aux ex-combattants
un accès à la terre arable et aide tous les membres à
surmonter des conditions de vie difficiles et instables.

Les associations jouent également un rôle important de socialisation entre les ex-combattants et les membres de la communauté. Encouragées par les bailleurs et les ONG, les associations d'ex-combattants ont ouvert leurs portes aux membres de la communauté et vice-versa. Ces mécanismes de socialisation avec les communautés d'accueil facilitent l'accès des ex-combattants aux moyens de production (outils et terre). L'accès aux terres en particulier peut en effet être problématique pour les ex-combattants choisissant de s'établir dans une zone éloignée de leur région d'origine.

Les associations jouent également un rôle de prévention et de résolution des conflits entre les membres, mais parfois aussi entre les ex-combattants et le reste de la communauté, comme ce fut le cas à Kisangani.

Prochaines étapes

Les résultats de l'étude ont été présentés au Programme National pour le Désarmement, la Démobilisation et la Réintégration et aux agences exécutives. La discussion qui a suivi a confirmé le besoin de soutenir les associations d'ex-combattants, en particulier en les aidant dans les démarches d'enregistrement légal, et par le biais de formations de base en gestion bancaire et sur l'accès au micro-crédit. La nécessité d'un appui aux associations d'ex-combattants afin de faciliter leur intégration aux réseaux de soutien de la société civile a également été soulignée.

Dr. Natacha Lemasle, World Bank, conducting a Focus Group with an association of mechanics in Lubumbashi.
Dr. Natacha Lemasle, World Bank, conducting a
Focus Group with an association of mechanics
in Lubumbashi.

L'étude qualitative sera complétée par un sondage national qui permettra une compréhension globale de l'état du processus de réintégration dans le pays et évaluera la portée du phénomène d'associations d'ex-combattants en RDC.

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Le Dr Natacha Lemasle travaille au sein de l'unité Etats Fragiles, Conflits et Développement Social (AFTCS)– région Afrique de la Banque mondiale à Washington, DC. Elle est spécialisée dans la reconstruction post-conflit, la réintégration des ex-combattants et la redevabilité sociale.

 

 

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