Programme transitionnel de démobilisation et réintégration
Sur le Chemin de la Reconstruction : La Somalie ressemble à son voisin africain le Rwanda en ce qui concerne les leçons de démobilisation et de réintégration
Avril 5th, 2015

Depuis le début des années 1990, la Somalie a connu des cycles de violence qui ont fragmenté le pays, détruit les institutions légitimes et créé une vulnérabilité généralisée. Toutefois, les progrès récents en matière de sécurité faits par le gouvernement fédéral et l'UA ont apporté la stabilité et un espoir que la Somalie tourne définitivement la page. Lentement mais sûrement, les membres de la diaspora somalienne sont de retour, et la réconciliation et reconstruction nationale sont les priorités du gouvernement fédéral à Mogadiscio. De nombreux observateurs appellent la transition une véritable rupture avec le passé, et la meilleure occasion de stabilité que le pays ait eue au cours des deux dernières décennies.

Les processus de réconciliation nationale et de consolidation de la paix engendreront un nouvel ensemble de défis, compte tenu notamment de l'accès facile aux armes et de la présence de groupes armés en Somalie. Guidé par le Compact Somalien - un cadre stratégique global pour la coordination des efforts politiques, sécuritaires et de développement pour les activités de renforcement de la paix et de l'état – le gouvernement met en œuvre  le Programme National pour le désengagement des combattants, qui établit un "processus global par lequel les combattants peuvent se désengager conformément au droit international et aux droits de l'homme et offre un soutien ciblé de réintégration".

Traditionnellement appelé DDR - désarmement, démobilisation et réintégration – ces programmes sont mis en place pour contribuer à la sécurité et la stabilité dans un environnement post-conflit afin que le relèvement et le développement puissent commencer. Compte tenu de la situation sécuritaire précaire en Somalie, le gouvernement avance avec précaution : alors qu'il n'exécute pas un programme traditionnel de DDR, il fait le travail préparatoire, concentrant ses efforts principalement sur le renforcement des capacités et l'expertise technique de ses institutions.

L'un des moyens par lequel la Somalie cherche à surmonter ces défis est grâce à des échanges de connaissances avec les pays qui ont été confrontés à des crises similaires. Vingt ans après une guerre civile et le génocide, le Rwanda a obtenu stabilité et sécurité chez lui, en partie du fait d'un programme DDR remarquablement réussi. Dans un effort pour aider la Somalie à apprendre de l'expérience du Rwanda, la Banque mondiale a lancé un « Voyage d'Etude en vue d’un échange de connaissances » permettant à une délégation composée de responsables somaliens du ministère fédéral de l'intérieur et de la sécurité nationale, de la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) et de laMission d'Assistance des Nations Unies en Somalie (AMISOM) de se rendre au Rwanda et de visiter sa Commission de démobilisation et Réintégration (RDRC).

"C’est très encourageant de voir que le Rwanda a mis en place un programme si difficile avec autant de succès. Le Rwanda a été confronté à des défis similaires à ceux auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui, tels que la capacité institutionnelle et le manque de ressources financières et techniques, et nous sommes convaincus que leurs expériences nous aideront," a noté M. Saïd Sudi, Directeur du Programme National Somalien pour les Combattants désengagés.

La Délégation s'est engagée dans un atelier dynamique de cinq jours couplé à des visites dans un certain nombre de centres de DDR. Dirigé par le RDRC, l'Agence du Rwanda pour la Mise en œuvre des efforts de démobilisation et de réintégration, le voyage d'étude a permis aux participants d'avoir une vue d'ensemble du programme de démobilisation du Rwanda.
Suite à une visite de plusieurs coopératives d'agriculture et d'élevage conjointement gérées et exploitées par des ex-combattants et membres de la communauté, les participants ont pu s'asseoir avec les ex-combattants eux-mêmes pour comprendre personnellement leurs expériences.

Jean Bosco Rurangirwa, un ex-combattant handicapé qui a bénéficié du soutien du Projet de  Démobilisation et Réintégration du Rwanda, dit qu'avec le soutien qu'il a reçu, ils [avec d'autres ex-combattants et membres de la communauté] "ont formé des coopératives et fait de l'élevage, et que le projet les a aidés à devenir productifs. »

« Nous avons compris que, bien que ces programmes ciblent des individus, il est également important de garder à l'esprit l'aspect communautaire. Nos rencontres avec ces ex-combattants ont souligné la nécessité de promouvoir la cohésion sociale au sein des programmes que nous créons, » dit Mme Zahra Samatar, Responsable des Droits de l'homme et de la Protection de l'enfance pour le Programme national.*

Au cours de l'atelier à Kigali, les participants ont discuté des éléments clés des programmes de démobilisation et de réinsertion, exploré les différentes étapes impliquées dans le processus et fourni un espace pour des échanges d'idées détaillés. "Nous avons fait une évaluation du Programme des Combattants Désengagés et du DDR en Somalie. Nous avons étudié les lacunes et les défis, et nous avons convenu d'un certain nombre de mesures à prendre. Certaines d'entre elles sont maintenant partagées par nos frères au Rwanda. » a déclaré M. Ssebirumbi Kisinziggo, Spécialiste Senior des affaires politiques à l'AMISOM. Certains des thèmes abordés ont compris les activités pré-DDR, la planification de programme, les intervenants, la communication, la sensibilisation et la réinsertion - en mettant l'accent spécifiquement sur les groupes vulnérables comme les femmes et enfants, les cas psycho-sociaux, et les cas de handicaps médicaux. "Les expériences d'autres pays comme le Rwanda fournissent des leçons applicables aux programmes pour les groupes vulnérables. Nous avons vu ce que le programme a obtenu ici, et nous avons eu des échos de ceux qui ont exécuté les activités", a noté M. Farah Abdiqafar, Chargé du DDR National au sein du groupe d'Institutions d'Etat de droit et de sécurité de UNSOM.

Les participants ont identifié un certain nombre de pratiques exemplaires qui peuvent être adaptées et transférées à la situation en Somalie et ont discuté de la marche à suivre pour la collaboration avec le Rwanda. Dans son allocution de clôture, M. Sudi a exprimé la satisfaction de la délégation du gouvernement pour l'accueil chaleureux du Gouvernement rwandais et de la RDRC ainsi que pour l'attention portée à l'échange de connaissances.

« La prochaine étape  consiste maintenant à élaborer une stratégie de renforcement des capacités qui guidera les projets et programmes nationaux en collaboration avec des partenaires internationaux et régionaux, afin que leurs succès puissent alimenter nos efforts de reconstruction, » a déclaré M. Sudi.

 Le Programme Transitionnel de Démobilisation et Réintégration (TDRP) est une initiative multi-donateurs créée pour soutenir le retour des ex-combattants à la vie civile en Afrique. Le Fonds d’Affectation Spéciale pour l’Echange d’Expériences Sud-Sud (SSETF) est un fonds d'affectation spécial multi-donateur qui vise à offrir un financement accessible et au bon moment pour les pays en développement afin qu'ils partagent leurs connaissances et leur expertise et fassent ainsi progresser le programme de partage des connaissances de la Banque, en s'inspirant directement de l'expertise cumulée de nos pays partenaires.

* S.E. Zahra Samatar a été nommé Ministre de la Femme et du Développement des droits de l'homme en janvier 2015.

 

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